Quand ton agent pète les plombs : le cauchemar de Jeremy Underground

Autant la musique peut-être synonyme d’euphorie, autant elle peut décevoir ses plus fidèles supporteurs. Et pour cause, dans une période où les mouvements qualifiés de  « underground » ou « mainstream » se démarquent de moins en moins les uns des autres, les masques tombent et les comédiens perdent l’occasion de jouer leurs scripts, spécialement écrits pour eux. Jeremy Underground et son agent, ou l’art d’imposer l’annulation d’une représentation avant le levé du rideau.

Jeremy Underground : un protagoniste complexe

Avant de vous éclairer sur cette débâcle qui a secoué la communauté électronique, il faut présenter l’artiste, de base très apprécié sur la scène qu’il affectionne. Friand de musique House depuis son plus jeune âge, Jeremy opère depuis 7 ans à l’international. Fondateur du label My Love Is Underground, il se propulse très vite en haut des affiches de soirée, participe à plusieurs festivals et mixe à plusieurs reprises pour des soirées Boiler Room. Et quelque chose de plus séduit chez le parisien : il ne dévoile jamais la tracklist de ses sets, essentiellement composés de titres rares et… Underground. Bien évidemment.

En somme, l’engouement du public, à l’approche de son show du 15 septembre à Édimbourg, devenait grandissant.

 

Scénario banal en vue d’une bonne soirée House

L’événement à l’origine de la polémique, ressemble à une soirée alléchante, qui devait voir jouer le DJ français aux côtés de l’habitué des nuits anglaises Domenic Capello. Amoureux de la musique et programmateur désireux de satisfaire un public en pleine expansion, le crew de promoteurs Abstrakt prévoie d’inviter le français pour un set endiablé à La Belle Angele. Un club électronique respecté, au cœur de la capitale écossaise. Mais peu de de temps avant le jour J, la discussion tourne au vinaigre entre les organisateurs, l’artiste et son agent, suite à des requêtes révoltantes.

Après avoir réservé une nuit dans un hôtel 4 étoiles (le contrat stipulait un hôtel 4 OU 5 étoiles), l’agent exprime son mécontentement et demande une chambre dans un hôtel 5 étoiles, et qui comporte une salle de sport et un sauna. Pour apaiser la tension, l’équipe d’Abstrakt réserve trois nuits au lieu d’une seule dans l’Apex Grassmarket, hôtel qui reprenait à la lettre les demandes de l’artiste. Et là encore, l’artiste insatisfait déclare vouloir une nuit dans l’hôtel Sheraton Grand où il séjourne déjà, entre autre l’un des plus chers de la ville : la nuit la moins chère est à 614 £, soit environ 682 .

Coup de théâtre à Édimbourg

L’addition commence à être salée pour le collectif, même si Jeremy propose de rembourser les deux nuits prises dans l’Apex Grassmarket, en dehors de son concert. Et après un ultime mail, où l’agent explique que cette réservation permettra la « meilleure performance possible », le collectif prend la décision d’annuler le booking. Ils expriment leur dégoût au sujet des agents qui « victimisent » certains promoteurs, au travers d’un long post Facebook.

 

 »C’est vraiment décevant. C’est contre ce que la scène underground/house représente pour , et c’est exactement ce genre de comportements qui poussent les promoteurs à arrêter les soirées – et surtout dans des petites villes comme Édimbourg où nous le faisons par passion, et non pas pour gagner de l’argent. Les agents/artistes qui agissent comme ça pourraient engendrer la chute de cette scène. Nous ne voulons simplement pas travailler avec quelqu’un comme ça.Pour cette raison, nous allons annuler le booking. »

Abstrakt

Mais l’histoire n’allait pas en rester là, et l’agent du producteur/dj français non plus. La suite vous la découvrez dans cette série de capture d’écrans, extraites de la conversation entre l’agent et l’organisation. On peut y voir l’agent envoyer des menaces, jurant qu’il allait mordre le promoteur concerné, qu’il allait perdre beaucoup de sang, et bien d’autres tactiques d’intimidation peu orthodoxes. Le tout détaillé dans le post Facebook ci-dessus.

 

Aussitôt, l’artiste réplique

Quelques heures seulement après que le voile soit levé sur les tenants et aboutissants du litige, Jeremy Underground se fend lui aussi d’un post Facebook. Pour répondre à ses nouveaux détracteurs, il écrit alors un post confus et osé. Globalement, il trouve légitime de demander ce genre de choses de par le fait qu’il voyage beaucoup, mais dément surtout la version des anglais. Selon lui, la nuit au Sheraton Grand déjà réservée, le collectif aurait changé d’avis en jetant son dévolue sur un autre hôtel. Le manager de l’artiste demande un retour en arrière, car la nuit était validée au Sheraton. Jeremy aurait alors proposé de payer les 3 nuits, mais les promoteurs n’auraient jamais répondu. Deux versions qui divergent, ce qui veut dire que l’un des deux partis ment. Vous êtes libres de croire la version qui vous semble juste.

Une réalité méconnue du grand public

Non, il n’y a pas que l’EDM où parfois les agents sont des malotrus, les artistes se prennent pour des souverains et les promoteurs sont malmenés. Même si Jeremy n’est plus underground depuis un bail, il faut néanmoins remettre les choses à leurs places respectives. Même si le garçon se montre hautain et exigeant, les fans de musique en tous genres, sont loin de se douter combien de leurs artistes préférés font ces genres de demandes abusives.

Comme Ten Walls qui avait ruiné son image après un post homophobe, Jeremy s’est excusé auprès de nos confrères de The Tab, en ajoutant que son agent devrait faire face aux conséquences de ses actes.

À l’heure où Riptide vous écrit, le compte Facebook de Jeremy Underground n’est plus disponible, et la soirée propose un line-up moins sexy, avec une heure de fête supplémentaire. Et pour les tickets déjà achetés ? La différence avec les nouveaux billets (3 fois moins chers) est entièrement remboursée à l’entrée. Chapeau Abstrackt pour cette belle leçon de morale. On terminera ce feuilleton par une touche d’humour avec les meilleurs memes au sujet de la star.

Source : Abstrakt Facebook/The Tab

Léopold Bertrand