Lumière sur… OX: Quand la robotique rencontre la musique.

 

Ce 24 mai dernier lors des Nuits Sonores, Le Sucre a eu le plaisir d’accueillir une seconde fois le projet OX dans une version retravaillée nommée Extended. Le résultat, un voyage d’une nuit à travers l’œuvre artistique de Romain Tardy & de The Absolut Company Creation.

Riptide était présent pour cet événement et on souhaitait vous faire partager ce projet haut en couleurs.

 

Comment décrire le projet OX sans présenter les acteurs phares. Romain Tardy qui est l’instigateur du projet associé à The Absolut Company Creation et Hand Coded qui s’est occupé de toute la conception du programme.

Romain Tardy, le spécialiste des visuels est à l’initiative de toutes les lumières présentes sur le dispositif scénographique.

The Absolut Company Creation, c’est un programme de mécénat en France mis en place par The Absolut Company. Le but étant de soutenir la création, l’innovation en lien avec la musique électronique.

 

OX : Le dispositif scénographique autonome :

 

Les deux acteurs principaux présentés, il est temps de vous présenter le projet.

OX est une machine reliée à des murs, barres, bras robotisés, écrans led qui grâce à un logiciel autonome retranscrit visuellement les émotions, la fréquence, le rythme de la musique.

On pourrait s’arrêter à cette présentation succincte qui résume parfaitement ce dispositif scénographique. Cependant, Riptide a eu l’occasion d’assister au montage, au fonctionnement, mais aussi de pouvoir discuter avec les protagonistes du projet.

 

Maya, l’une des deux ingénieurs en charge du programme :

 

Maya et Cyril (Hand Coded) ont mis exactement 2 ans à rédiger et retravailler le code source du programme pour qu’il soit le plus autonome possible. De plus, l’intérêt n’était pas seulement de retranscrire un rythme, mais d’aller plus loin en proposant un logiciel capable de décrire les émotions, les sentiments que peut véhiculer la musique.

Pour comprendre le fonctionnement de la machine, on a donc posé quelques questions à Maya afin qu’elle nous éclaire sur certains points :

 

  • Comment s’est déroulé le projet avec Romain Tardy ?

 

Romain nous a envoyé les schémas de ce qu’il souhaitait faire, du concept. Il nous a dit « J’aimerais de l’audio-réactivité dans cette machine ». Du coup, Cyril et moi qui sommes les deux fondateurs de « Hand Coded », avons décidés de nous tourner vers cet aspect pour développer un programme.

L’avantage est que Cyril possède une grande maîtrise de l’intelligence artificielle et du machine learning en accord avec la musique.

Ce projet nous tenait à cœur puisque nous possédions plusieurs outils pour détecter des choses innovantes dans la musique qui ne sont pas encore « disponible sur le marché ».

De ce fait, nous nous étions dit que cela pourrait être une très belle opportunité de mettre ces outils à la disposition du projet pour créer une machine unique en son genre.

 

  • Quelle était ta position dans le développement du projet ?

 

Pour ma part, je suis spécialisé sur la sensation et l’animation visuelle. L’idée était donc de trouver comment faire le lien entre le projet de Romain, tout en étant quelque chose qui continuait de lui appartenir en matière de création mais dont la conduite soit dirigée par la programmation et la musique. J’ai donc travaillé sur l’intelligence artificielle, sur la détection en temps réelle du son et la création de Romain, ainsi que comment mettre en mouvement, en vie le projet.

En fait, dans la programmation et la technologie, on cherche les données organiques.

Personnellement, je me concentre sur les valeurs organiques, ce qui était organique dans son installation. C’est à dire que l’on ne devait pas s’arrêter simplement à un bouton qui allumait et éteignait une machine. Il fallait pouvoir entrevoir le mouvement, les réactions de la machine qui interprétait ces valeurs (la musique).

 

  • Si tu devais résumer en quelques phrases le projet ?

 

L’idée du projet, c’était de créer de nouvelles manières d’atteindre le public. C’est à dire que le DJ était le chef d’orchestre de la machine.  A travers le public, comment il réagit, le DJ lui aussi réagit et la machine suis ces réactions pour créer une réponse adaptée.

C’est un échange entre le DJ, la machine et le public, une interaction 2.0.

 

  • Hand Coded a été fondé pour ce projet ou existait-il avant ?

 

« Hand Coded » était déjà créé avant ce projet. Cyril contrôle le son et moi le visuel / l’animation. Cyril est une sorte de mercenaire de la technologie, rien ne l’effraie ou l’arrête, il apprécie les projets innovants. Pour ma part, je suis plus en lien avec le domaine artistique, je vais m’orienter sur le rendu visuel des choses, le ressenti et comment permettre que la technologie ne paraisse pas froide / automatique.

Romain, Maya et Cyril n’étaient pas les seuls acteurs, Florian représentant The Absolut Company création a accepté de répondre à quelques unes de nos questions :

 

Florian, représentant de The Absolut Company Creation :

 

Crédit: Rémy Golinelli
  • Peux-tu m’expliquer un peu le projet vu de The Absolut Company Creation ?

 

L’idée du projet c’était Romain Tardy. The Absolut Creation avait comme ambition d’aller occuper des espaces qui était un peu oublié sur la scène électronique qui sont certains clubs, certains lieux.

On avait donc pour but d’amener de l’art contemporain dans ces lieux, on sortait d’un partenariat avec le Palais de Tokyo qu’on avait étalé sur 2 ans.

Avec The Absolut Creation, on avait créé un lieu hybride avec des événements sur la culture éléctro avec les Nova Mix Club.

Nous souhaitions sortir de ça et on cherchait comment pouvoir accompagner le DJ, matérialiser la musique, créer un rapport entre l’homme et la machine.

A partir de cette idée-là, on est passé par Tetro qui nous a rapproché de Romain Tardy ainsi que de son concept.

 

  • Comment s’est passé le développement entre les 3 structures ?

 

Honnêtement, super bien !

Ce projet a été un vrai dialogue, plus de 8 mois de développement, cela a été un processus en mouvement perpétuel. Il existait l’idée de base, mais à côté chacun ajoutait des aspects, de nouveaux détails.

En somme, cela a été une collaboration évolutive et très agréable.

 

  • Il existe tellement d’opportunités autour de ce projet, vous y avez forcément pensé ?

 

Clairement, on a réfléchi à plusieurs types d’évolutions, a des ajouts de ces nouvelles technologies.

Pour exemple, j’ai eu une discussion avec Maya à propos d’employer la Kinect pour détecter les mouvements du public.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, l’idée tout au long du développement était « comment pouvais-t-on à l’aide de ces nouveaux outils ajouter une nouvelle dimension à OX.

Dans tous les cas, aujourd’hui, le projet touche à sa fin mais cela ne veut pas dire qu’il disparaitra, il se peut que Hand Coded travaille sur une autre forme, l’avenir nous le dira.

 

  • Voyez-vous votre deuxième passage avec OX au Sucre comme une « boucle / bouclée » pour son avant-dernière représentation ?

 

Le Sucre, c’était une étape inévitable, les Nuits Sonores sont le deuxième festival électronique français.

L’année dernière quand nous étions passés avec la première version d’OX, nous avions été si bien accueilli qu’il était inconcevable de ne pas revenir ici.

Alors certes, on a présenté OX sous une autre version (Extended) plus complète que la précédente et encore une fois on a senti l’engouement du public à l’encontre du projet.

Je ne sais pas si on peut parler de « boucle / bouclée » mais je me répète, on ne pouvait pas passer à côté des Nuits Sonores.

 

  • Avez-vous comme objectif de retravailler avec Hand Coded pour de futurs projets ?

 

Qui sait ?

On ne sait jamais, la qualité de travail de Hand Coded fait que l’on est forcément très satisfait.

De plus, les compétences que possèdent Maya et Cyril ne sont pas très courantes, je suis donc persuadé que nos routes se recroiseront.

 

  • Vous avez un projet en tête, on va vous revoir rapidement non ?

 

Vu le succès de cette tournée et le fait que l’on ait dû refuser beaucoup d’invitations à se représenter, oui, on a pour but de relancer une nouvelle installation avec un nouvel artiste mais c’est embryonnaire.

 

Thomas, ingénieur lumières qui a suivi toutes les dates de la machine :

 

Crédit: Emilie Audibert

 

  • Tu as eu l’occasion d’accompagner le projet sur toute sa tournée, quelles sont tes conclusions quant à la machine et ce qu’elle apporte niveau scénique ?

 

Cette machine apporte beaucoup au niveau scénique et de plusieurs manières.
Premièrement elle à le potentiel de s’installer dans un lieu complètement vide et d’y créer à elle seule un espace de spectacle unique.

De plus, sa modularité lui permet de remplir une scène de festival comme une petite salle de club.

Aussi, de part son logiciel interne d’analyse audio elle crée une nouvelle scénographie tous les soirs, toujours en lien avec la musique.

De part son mélange structurel, sa forme, la technologie lumineuse et vidéo qui la compose elle apparaît comme une structure scénique novatrice à elle seule.

 

  • Cette machine est donc modulable, tu l’as installée sous différentes formes mais a-t-elle le même impact en fonction de l’espace ?

 

Comme dit précédemment, en effet, cette machine est modulable.

Elle peut remplir l’espace scénique d’un petit club comme celui d’une grande scène de festival.

Son impact ne diffère pas vraiment selon la dimension de l’événement, je dirais plutôt que c’est la musique qui joue pour beaucoup !

 

  • Il y a toujours de l’émotion à voir un projet prendre fin, si tu en avais la capacité aimerais-tu continuer à travailler avec ce projet ?

 

Oui, bien sûr, ce projet étant intéressant on pourrait ne pas s’en lasser.

Néanmoins, le milieu de l’art numérique avance à une telle vitesse que je suis plutôt dans l’attente d’un nouveau projet encore plus novateur. Ce qui je pense devrait vite arriver !

 

  • Quelques mots sur l’installation OX version Extended au Sucre, en quoi était-ce différent des autres dates ?

 

Ce qui diffère c’est toute l’installation lumineuse qui cadre la machine au plafond.

Toutes ces LEDs supplémentaires qui, même si contrairement à la machine, se trouvent dans le commerce mais qui pour l’occasion sont contrôlés par son logiciel interne.

Cela lui apporte donc une réelle extension, d’où le nom EXTENDED.

 

  • Si tu devais dresser le bilan du projet sur le plan technique, est-ce un projet unique qui garde un grand potentiel même après 18 mois de tournée ?

 

Oui, le projet n’est techniquement pas encore dépassé mais les choses vont vite et de plus en plus de projets de grande ampleur émergent tous les jours dans ce milieu et les technologies aussi.

Elle restera malgré tout, toujours unique.

 

  • Plus personnel maintenant, après ça où pourra-t’on te retrouver ?

 

Après ça, on peut me retrouver sur la route des festivals avec des groupes musicaux.

On peut aussi me retrouver dans les soirées « Dîner Secret », ou peut-être même un jour sur un nouveau projet dans la verve d’OX.

 

Le projet OX aura sillonné les lieux importants de la culture électronique tout en offrant une expérience unique et novatrice au public.

On remercie Florian, Maya, Thomas pour le temps qu’ils nous ont accordé et on espère les revoir sur de nouveaux projets dans la verve de l’oeuvre de Romain Tardy.

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