UTO : « Chaque chanson est un personnage que l’on doit retrouver en soi »

©Julie Oona

UTO, c’est un peu la définition même du mot « artiste », un projet d’une pureté éclatante, une conception de la musique unique mais surtout une patte authentique. Pain Surprises a de l’or entre les doigts mais pour vous en rendre compte il ne faudra pas manquer la release party de ce soir !

Découverte d’un duo qui entre en symbiose à la simple énonciation du mot « musique ».

 

Ce soir, c’est release party, Pain Surprises présente son duo UTO aux côtés de Myd ( Ed Banger Records ) qui a d’ailleurs signé le remix  » The Beast » de ces derniers.

 

Mais avant cet événement, laissez-nous vous présenter « UTO » :

On a passé une heure dans un splendide Café de la Place d’Italie, avec l’illustration des excès humains (elle aime la violence, ce qui est sale et triste, avec les pieds sur terre ; tandis que lui est plutôt doux, raffiné et rêveur).

Ray Volver : Bien le bonjour Emile et Neysa ! Vous avez été repéré par de nombreux médias, et déjà playlisté en radio. Le processus de composition fut long ?

Neysa : En termes de composition même, je ne dirai pas que ça nous a pris du temps. Et je me le dis d’autant plus que certains réalisent des films, d’autres écrivent des livres ; combien de mois passent avant qu’ils puissent sortir un projet ? On a pas pris du temps à trouver un label non plus, mais une fois que le label veut sortir le projet, c’est un temps qui n’est pas naturel. C’est bizarre…

Émile : Après je pense qu’il y a deux temps. Celui où on fait les morceaux, on compose, où Neysa écrit et on réfléchit. Et celui qui vient après, où on met en place des concerts, des clips ou de la promo. Mais après en ce qui me concerne, je n’arrive pas à passer du temps sur un morceau parce que je me lasse beaucoup trop vite. Donc si le truc est pas bien tout de suite dès les premiers pas, ça va me soûler et on va passer à autre chose.

R : Étant donné que votre projet est aussi une histoire d’amour, quand et comment vous êtes-vous rencontrés ?

E : J’y ai réfléchi toute à l’heure, et ça s’est passé en 3 temps. La première fois qu’on s’est rencontré, c’était il y a 5-6 ans, par hasard à une soirée. On a dansé ensemble, mais ça n’a pas donné de suite. C’était une soirée masquée, et je me souviens d’avoir demandé le numéro de Neysa, qu’elle n’avait pas voulu me donner et elle m’avait juste donner son twitter. Et je n’avais pas de compte, alors je me suis inscris en lui envoyant une photo de son masque que j’avais récupéré. Sans succès. Puis on s’est recroisé un an plus tard, par hasard à La Cigale, car je bossais à l’entrée pour le concert de The Suns. Puis je lui ai invité pour une soirée à thèmes où il fallait être déguisé façon années 40.

N : Il était très mystérieux, et il m’a dit qu’un char d’assaut viendrait me chercher à Porte de Versailles pour m’emmener à la soirée. Et un char d’assaut est venu me chercher, pour m’emmener dans un bunker.

E : Ce n’est pas moi qui ait organisé cette soirée (rires).

R : Vous faisiez déjà de la musique ?

E : Moi je faisais déjà de la musique ; j’avais déjà un groupe, notre album venait tout juste de sortir.

N : J’ai toujours écris. Je terminais mon master de littérature quand j’ai rencontré Émile. Mais je suis souvent sortit avec des musiciens, mais je pense que c’était une façon de me cacher un peu. Et au bout d’un moment je me suis dit : « je vais en faire aussi ».

E : Mais on ne s’est pas dit qu’on ferait de la musique à deux. Pas dès le début, et quand on s’est mit ce n’était pas dans le cadre d’un projet mais par le fait qu’on habitait ensemble, parce que j’avais installé un studio dans notre salon.

N : Et je lui ai dit que j’avais des textes, et qu’on pourrait essayer de faire quelque chose. On a essayé comme ça, avec ‘The Beast’ et ‘(The) No Song’. D’ailleurs ‘The Beast’, c’était déjà un morceau que j’avais à la gratte : très, très sale !

R : Comment vous avez rencontré l’équipe Pain Surprises ?

E : Le label, c’est par le biais d’un ami du collège, qui est musicien. Je me rappelle qu’il faisait de la musique électronique assez étonnante ; je vous recommande d’aller écouter, il a un projet qui s’appelle Isabelle et dont un des titres est signé chez Pain Surprises.

N : On a alors fait écouter les deux titres ‘The Beast’ et ‘No’ à Maxime. Et alors qu’un vendredi soir tout le monde voulait quitter le bureau chez Pain Surprises, il les a retenu en prétextant qu’il devait leur faire absolument écouter quelque chose. Une phrase d’ailleurs assez insupportable pour un label, parce qu’ils entendent ça à longueur de journées ; on a tous des potes de potes qui demandent ce genre de choses. Pourtant, ils ont adoré et deux jours plus tard ils dînaient à la maison. Comme je travaillais dans un petit label d’une major à l’époque, je savais que les gens ne se déplaçaient pas le dimanche soir (rires). Et j’étais très heureuse de découvrir une autre façon de penser.

R : Quel est votre pain préféré ?

N : Je vais répondre : t’aimes vraiment les pains au chocolat, Émile. Tu en manges beaucoup !

E : Oui c’est vrai je suis très pains au choc’.

N : Mon préféré est un pain de campagne au chocolat. Je l’ai découvert dans une boulangerie dont je ne citerai pas le nom vers Voltaire. C’est incroyable. Avec les bons bouts de chocolat, et la bonne farine…

R : Vos pochettes rappellent étrangement certains motifs moyenâgeux, en particulier ceux que l’on peut voir sur des grimoires, des livres de contes ou des fresques d’époques. Est-ce que vous cherchez à atteindre une esthétique agréable ou lié au divin ?

N : Effectivement tu as raison, il y a une iconographie médiévale ! Rien à voir avec le divin, mais en l’occurrence on s’inspire des cartes du tarot, qui est un jeu ancien et date du Moyen-Âge. Pourquoi ? Les cartes de tarot sont comme des rêves, et une chanson est aussi un rêve. Donc à la fois c’est une référence commune, on prend deux secondes pour chercher sur Google la signification de la carte de la Maison Dieu, qui est celle de la pochette de notre EP. Et on mélange les significations, justement comme sur notre premier opus où on peut reconnaître la carte du pendu (qui signifie la personne qui agir) en plus de la Maison Dieu.

E : Et on retravaille le tout avec une amie, bourrée de talent qui s’appelle Nelly Maurel. Elle reprend des détails tirés de cartes de tarot, on fait ensemble un montage sur photoshop, et ensuite elle repeint le tout.

R : J’ai lu que le soir pour sombrer dans les bras de Morphée, vous écoutiez Bob Dylan ou encore Aphex Twin.. J’ai trouvé que par rapport aux références citées, on ne sent pas l’inspiration dans votre musique, et on se force à ne pas dire que c’est dû à l’originalité du projet. Quel est finalement votre rapport à ceux qui vous inspirent ?

E : C’est une bonne question.. On aura pas forcément la même réponse avec Neysa, de ce fait tu as d’abord cité Bob Dylan, qui est plus son inspiration.

N : Tu as d’ailleurs cité Aphex Twin, qui est plus une référence d’Émile, et que j’arrive à retrouver dans certaines de ses productions. Si on ne sent pas spécialement la musique de Bob Dylan dans nos compositions, c’est parce que je l’écoute pour son écriture.

E : Tandis que moi c’est vraiment la façon dont une musique est produite ou réalisée.

Ray Volver : On peut donc dire que ce qui vous inspire le plus, c’est l’intention plus que la musique en elle-même ?

N : Absolument !

R : Après tout, il y a une question qui pend aux lèvres de ceux qui se sont intéressés à votre projet : que signifie « UTO » ?

N : On a exactement fait ce que Pain Surprises ne voulaient pas qu’on fasse. On voulait un nom qui claque, simple et bizarre. C’était le nom d’un chien que j’ai eu, que j’ai beaucoup gardé. Et comme notre premier titre avec Émile était un morceau de chien, et ça faisait sens pour moi de me dire que ma pratique de la musique est aussi ma pratique animale. Certes cela suggère utopie, mais ce mot veut dire « sans lieu ». « UTO » est la partie « sans » du lieu dans l’étymologie, et traduit l’absence de lieu, sachant que la musique est la recherche d’un lieu pour nous.

E : Il y a une dernière explication : on voulait s’amuser à faire des acronymes avec ces 3 lettres. D’ailleurs on est entrain de fabriquer le jeu des acronymes UTO, il sera d’ailleurs peut-être édité un jour. Il consiste en 3 dés de 6 faces : chacun des dés représentent une lettre, et possèdent des mots sur ses faces commençant par la dite lettre qu’il représente. C’est dommage, on les a pas apporté mais si on se revoit, on te les fera lancer ! Donc chaque lancé est unique, comme la signification qui en découle (sauf si vous jouez trop au jeu, bien évidemment).

R : Étant donné qu’il y a un esprit enfantin et malicieux dans votre musique, est-ce un clin d’œil à l’utopie que se fait un enfant, de par son innocence et sa conscience « limitée » ?

N : Je pense que l’utopie se fait à l’adolescence. C’est quand même le fait d’imaginer un autre type de fonctionnement, un autre type de monde. Et quand on est enfant, on a cette capacité de créer son monde sans se dire que c’est un univers parallèle ; l’imaginaire fait partie du réel, c’est ce qui fait sa force. Le moment où tu commences à te dire que les choses pourraient êtres différentes, c’est quand tu commences à trouver que la vie peut-être difficile.

E : Après tu as raison par rapport à ce jeu très ludique, qui survient lorsqu’on fait de la musique. J’adore expérimenter en composant. Et c’est quand j’atteins cet état que je fais ce qui me plaît le plus.

N : C’est un moment où il faut rester enfant je pense.

R : Même si j’espère que votre romance ne faiblira pas, autant humainement que musicalement, est-ce que ce n’est pas dangereux ou flippant de lancer un projet musical et professionnel avec sa moitié ?

E : Oui c’est sûr. Mais ça fait 2 ans qu’on travaille sur ce projet, qu’on a déjà affronté ces dangers que tu sous-entends, mais une fois que tu les maîtrises et que tu apprends à marcher avec, je pense que ça peut marcher à long terme.

N : De toute façon, tout est dangereux et rien n’est dangereux. Tu n’as pas plus de garanti qu’au sein d’un projet pérenne avec quelqu’un dont tu n’es pas amoureux. Tout est une hypothèse : l’amour, la musique… C’est justement parce qu’il faut supporter le poids de cette hypothèse, et y aller même si ça peut s’écrouler. Après, on ne travaille pas pour que ça ne s’écroule pas ; on le fait pour continuer à construire malgré les possibilités de destruction.

R : On est aujourd’hui dans l’ère où la musique est le plus en expansion. À quoi ressemblera la musique en 2020 ?

E : Je pense qu’on aimerait tous le savoir ! Mais je n’ai pas d’idées concrètes..

N : Au contraire, je pense par exemple à la disparition des labels. Ou lorsque la radio n’aura plus vraiment d’impact sur le fait qu’une musique soit diffusée ou non. Et même si je ne suis pas sûre que ça se produise, ce serait intéressant de voir que les majors perdent du pouvoir face à la musique indépendante.

R : Même si votre projet fait référence à une forme d’utopie, sera-t-il possible d’entendre un jour des titres avec une visée dystopique dans un de vos projets ?

N : Je pense qu’elle est déjà présente. Par exemple, mon utilisation du pitch grave, qui est en soit une déformation de ma voix, c’est quelque chose de crade. Je fais de la musique dans la tristesse, la colère et la violence. Il y a peu de chansons dans ma version qui sont infantiles.

E : Ce beau dont tu parles, il vient plus de ma manière de composer de la musique. Quelque chose de ciselé, de taillé. C’est parce que je m’occupe majoritairement de la production que tu ressens ça. Ça pourrait être pertinent de changer notre façon de travailler, pour produire quelque chose de moins précis.

R : Quels sont vos projets à venir pour la suite ?

N : On a déjà 5 titres presque aboutis. À priori, le but serait de sortir un deuxième EP, idéalement avant le printemps. On prépare également un remix pour Catastrophe, mais il faut savoir qu’on ne remixe pas à proprement parler. Cela ressemble plus à une cover, car je rechante le titre original et je modifie même parfois les paroles, telle une façon de se ré-approprier le morceau.

E : On devrait également partir en Alaska car j’ai de la famille là-bas, durant l’été 2018 pour composer l’album. On voulait aller loin, et on veut prendre la route pour tuer notre routine actuelle. Cette dernière est un luxe, qui a permit de faire notre premier EP. Néanmoins, vivre différemment participera à la création de cet album. On veut être plus que physiquement « sur la route »; sur la route de la production en quelque sorte.

 

On vous attend nombreux ce soir, en tout cas nous on sera dans un petit coin a savourer ce délicieux spectacle ! 

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Léopold Bertrand